Honni soit qui mal accorde ?

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Quand un prof revoit ses bases

Il y a quelques mois, je sortais, éberluée, du spectacle « La Convivialité ».  Les deux enseignants-comédiens (Jérôme Piron et Arnaud Hoedt) démontraient avec humour l’absurdité de certaines règles orthographiques.  Ils ont mis en lumière, entre autres, la totale artificialité de la règle d’accord du participe passé employé avec avoir.   C’était limpide…  et j’étais mortifiée.

Je me suis tout à coup rendu compte qu’année après année, j’enseignais cette règle sous l’aspect du « comment on accorde » et non pas du « pourquoi on accorde ».  J’ai aussi pris conscience de l’aspect discriminatoire de l’orthographe et du glissement de la règle « outil de la langue » vers le statut de « dogme de la langue ».

La rigidité du dogme

Les comédiens-enseignants proposent une amélioration (et non pas une simplification) de la règle d’accord du participe passé employé avec l’auxiliaire avoir.  Il resterait invariable, ce qui a suscité de nombreux débats.

Si le Conseil de la langue française soutient la proposition, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles (duquel dépend le Conseil) reste prudent : il n’a pas été saisi, donc n’a pas à se prononcer.  Mais nombreux sont ceux qui crient au scandale.  Ici, en Belgique francophone, mais aussi et surtout outre-Quievrain.  Or, la prestigieuse Académie française (de Pâââââris) fait toujours référence, même si parmi les Immortels, on ne compte aucun linguiste…

Il serait utopiste de croire que nous pourrons facilement infléchir l’opinion des « résistants au nivellement par le bas » tant ils sont nombreux à être attachés au « prestige » de la langue française, prestige découlant directement de sa complexité qui fait toute sa beauté, paraît-il…   Moi qui croyais que c’était la richesse de son vocabulaire…

En attendant que la vénérable institution créée par Richelieu décide un beau jour d’examiner la pertinence de cette fameuse règle d’accord de manière scientifique et non dogmatique, nous continuerons à être discrédités pour avoir laissé une erreur (que dis-je : une faute !) dans nos écrits, que ce soit à l’école ou dans le monde du travail.  N’oublions pas que la Nouvelle orthographe, qui date de 1990, n’est jamais réellement entrée en vigueur dans la presse ni dans le monde de l’édition, ni…  nulle part (sauf à l’école, un peu)…   Armons-nous donc de patience !

Bref.  Je n’irai pas plus loin dans le débat.  Nous allons devoir continuer à enseigner à nos élèves cette règle compliquée et absurde, qui découle d’erreurs de copistes.

Puisqu’on n’a pas le choix, décidons d’aimer ça !

Anne-Martine Boulanger et moi-même sommes d’anciennes complices de salle de profs et nous avons décidé d’aller au combat la fleur au fusil.  Oui, il y a moyen de comprendre ces règles et de les maîtriser.  Et il y a même moyen d’y trouver du plaisir, comme lorsqu’on vient à bout d’un casse-tête qui paraissait impossible à résoudre.  Puisqu’il faut y aller, allons-y gaiement !

Nous avons fondé l’ASBL « Les Accordeuses » et notre objectif est de venir en aide aux étudiants des écoles supérieures qui doivent présenter un examen assez poussé en langue française.   C’est le lot, entre autres, des futurs instituteurs et logopèdes.  Certains d’entre eux, malgré leurs aptitudes pédagogiques et leur motivation pour le métier, seront arrêtés s’ils échouent à cet examen.  Et bien souvent, ce sera « la faute à l’accord »…

Un atelier où l’on déshabille la règle d’accord

Nos ateliers se déroulent pendant le blocus de Noël, en petits groupes (maximum 8 participants) encadrés par les deux Accordeuses (Anne-Martine et moi-même).  Nous allons revoir toutes les règles d’accord des participes passés, des plus simples aux plus complexes.  Notre méthode se base sur des exercices écrits mais en mettant en place un raisonnement oral.  De cette manière, le cerveau finit par acquérir certains réflexes : en se posant les bonnes questions aux bons moments, l’accord s’éclaircit.

Avec nos étudiants, nous allons dédramatiser la grammaire, démystifier la règle (nous la verrons toute nue avant de la rhabiller de ses complexités !).  Ils découvriront qu’ils sont parfaitement capables de se servir de cet outil et ne seront plus intimidés par le dogme.  Tout simplement parce que ce n’en est pas un.

Pour aller plus loin de manière concrète

Pour plus d’informations sur nos ateliers, prenez contact en me téléphonant au 0476/46.20.61 ou en envoyant un mail à lesaccordeuses@gmail.com

Si le sujet vous intéresse, jetez-vous sur le livre « La Faute de l’orthographe » commis par les deux comédiens et édité chez « Textuel ».

Leur pièce « La Convivialité » est visible sur Auvio : https://www.rtbf.be/auvio/detail_la-convivialite?id=2391239

La règle améliorée est expliquée sur http://www.participepasse.info/