Comment rédiger une lettre éloquente ou un discours percutant ?

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Peut-être avez-vous été touché.e, comme moi, par le discours prononcé par Greta Thunberg à l’ONU, le 23 septembre dernier.  Au-delà de toute polémique sur le fait qu’elle soit (ou non) trop jeune ou sur la suspicion de manipulation (ou non) dont ferait l’objet cette jeune fille, force est de reconnaître que lorsqu’elle s’exprime, Greta touche son auditoire (soit elle nous agace, soit on l’admire.  Moi, je l’admire).

Quel est son secret ?  Je pense, justement, qu’elle n’en a pas.  Je ne crois pas qu’elle ait rédigé son texte en élaborant une stratégie de communication (oui, je fais partie de ceux qui pensent qu’elle est libre, autonome et intelligente).  Si elle a un secret, c’est celui de faire confiance à ses tripes et à ses émotions.  Contrairement à ce que notre société rationnelle tente de nous faire croire, le ventre et le cœur sont de précieux guides.

Greta Thunberg a donc laissé parler son indignation, sa peur, sa déception.  Elle nomme les émotions qui la hantent et ce sont elles, les pierres angulaires de son discours.  Si vous observez bien Greta au début de son allocution, au moment où elle laisse parler son cœur et sa colère, elle consulte très peu ses notes.  Cela ne lui est pas nécessaire, il lui suffit de s’appuyer sur ce qu’elle ressent.  Un peu plus tard, lorsqu’elle livre les chiffres et les constats, elle regarde davantage ses fiches.  Parce que, si ces notions-là sont bien présentes dans son mental, elles le sont moins dans son corps, et un support devient alors nécessaire.

Greta, du haut de ses quinze ans, me confirme dans la conviction qu’un discours (ou une lettre) doit avant tout s’articuler autour d’émotions, la structure n’étant envisagée que dans un second temps.  Lorsqu’une personne me demande de l’aider à rédiger un message très personnel, je lui demande toujours dans quel type d’émotion elle se trouve.  L’amour ?  La peur ?  La gratitude ?  Le désespoir ?  Il s’agit, dans un premier temps, de coucher sur papier tout ce qui tourne autour de  cette émotion et qui la pousse à s’exprimer.  Sans encore penser ni au style, ni à l’orthographe, ni à la structure, ni à rien de tout cela.  C’est assez secondaire.  Le but poursuivi est avant tout de dire ce qui doit être dit – et d’être entendu (ou lu).

Un message sincère et authentique est toujours percutant.  Et même s’il comporte des imperfections, ces dernières seront perçues comme minimes en regard du message principal.  Par contre, si un discours ou une lettre sont envisagés uniquement comme un exercice de style, ils sonneront creux.  Les auditeurs (ou lecteurs) ne se sentiront pas concernés.  Ils ne seront pas touchés par votre émotion, ils ne seront pas en phase avec vous.  Au contraire, ils auront l’impression d’entendre des propos éculés, voire d’assister à une leçon de langue de bois.   La structure, le style et l’orthographe sont là pour augmenter nos chances de « bien passer », ce sont des auxiliaires.  Ces outils sont à notre service et pas l’inverse.

Si vous avez le projet de rédiger un discours ou une lettre, voici une petite check-list qui pourra vous aider :

  • Regardez et écoutez le discours de Greta Thunberg. Voyez comme son émotion passe grâce à sa sincérité.  http://www.leparisien.fr/environnement/comment-osez-vous-le-discours-plein-d-emotion-de-greta-thunberg-a-l-onu-23-09-2019-8158002.php
  • Ecrivez sans réfléchir tout ce que votre cœur et vos tripes vous dictent. Votre brouillon peut tout à fait ressembler à une liste de courses.  Cette première étape est la plus importante, la plus inspirante, et la plus précieuse.
  • Repérez l’émotion principale, et traduisez-la en un message essentiel. Soyez clair et limpide dans son expression.  Si votre émotion est l’amour, dites « Je t’aime ».  Si c’est la gratitude, dites « Merci ».  Vous paraphraserez ensuite.
  • Laissez reposer.
  • Reprenez votre texte et regroupez vos idées pour arriver à une structure qui vous convient (à vous, pas aux tutoriels).
  • Enfin, rédigez des phrases. Elles sont le « liant » de vos idées.  N’oubliez pas les images, les évocations, les anecdotes…  tout ce qui peut « embarquer » votre auditoire, tout ce qui va l’aider à accéder à la pensée que vous exprimez.
  • Ensuite seulement, inquiétez-vous (mais pas trop) du style et de l’orthographe.

Je pourrais encore étoffer la liste des étapes et des conseils, mais je crois que je vous ai dit le plus important : l’essentiel est en vous.